En synergie avec ses créations chorégraphiques, la Cie C2C propose des projets de médiation corporelle qui ont pour objectif de diffuser la danse contemporaine à un public élargi, dans un désir de démocratisation et de partage de pratique autour de la question du corps «ordinaire » et de l’art pour touxtes.

Pour parer à l’entre-soi élitiste de la danse contemporaine, la Cie C2C met en place de nombreux projets et partenariats, et ouvre ses spectacles et sa danse à un public plus large et plus diversifié, dans une démarche de participation culturelle et inclusive.

PORTRAIT
KARIN ROSE

Depuis mai 2025, Karin Rose rejoint l’équipe de la cie C2C comme artiste associée. Elle collabore avec Caroline de Cornière comme assistante, co-animatrice d’ateliers, danseuse et prochainement comme porteuse de projet avec Témoign-âges // La Collective 2026–2027.

Nous lui avons posé quelques questions.

Comment définirais-tu aujourd’hui ton identité artistique ?

Je suis danseuse, mère… et un peu comédienne aussi.

Depuis que je suis devenue mère, je le mentionne comme faisant pleinement partie de mon identité artistique, parce que cela influence profondément ma manière de travailler et les projets que j’ai envie de développer.

C’est aussi à travers cette expérience que j’ai rencontré Caroline de Cornière et le travail de la cie C2C: d’abord en participant aux ateliers de l’Espace Santé Femmes* pendant ma grossesse, puis quelques mois après mon accouchement, lors d’une formation de l’association Danse Transition autour de la question: comment continuer à danser ?

Le travail de Caroline avec la cie C2C a tout de suite résonné en moi. Il y a une approche féministe dans les projets artistiques, mais aussi dans la manière de travailler ensemble au sein de la compagnie. Par exemple, la parentalité est directement prise en compte lorsqu’on pense les projets, et ça, c’est quelque chose auquel j’ai immédiatement adhéré.

Ton parcours est très atypique. Comment es-tu arrivée à la danse ?

J’ai commencé par la musique, avec une formation classique en violon et un peu de piano. Puis à 17 ans, j’ai arrêté la musique pour me consacrer au sport : la lutte suisse puis le water-polo.

Quand j’ai commencé mes études de médecine à l’Université de Genève, j’ai continué le sport intensivement tout en découvrant la salsa portoricaine et les danses traditionnelles d’Afrique de l’Ouest. Petit à petit, la danse a pris de plus en plus de place. Mes professeur·es m’ont proposé d’assister les cours, puis d’enseigner moi-même.

Après avoir obtenu mon diplôme fédéral de médecine en 2016, j’ai décidé de changer complètement de direction pour me professionnaliser en danse. J’ai tout de même travaillé quelques mois comme médecin à 50 %, surtout pour pouvoir financer ma pratique artistique… mais je savais déjà que je ne reviendrais pas à la médecine.

Ensuite, j’ai intégré plusieurs projets entre Genève, le Burkina Faso, la France et plus tard le Brésil et la Belgique. J’ai rencontré de nombreuses pratiques : danse afro-contemporaine, Capoeira Angola, Technique Silvestre, théâtre physique, improvisation… Chaque étape a nourri ma manière de bouger, de créer et de penser le corps.

À quel moment la dimension politique est-elle entrée dans ton travail artistique ?

Pendant mon Master en théâtre physique à l’Accademia Dimitri au Tessin.

J’y ai découvert de nouveaux outils de performance et de création, mais surtout une réflexion plus politique autour du spectacle vivant. Mon projet de Master, Smile and Be Quiet, était une performance interactive autour des récits alternatifs d’une femme d’origine sud-est asiatique dans une société blanche et patriarcale.

Je crois profondément que l’intime est politique. Bien sûr, toutes mes danses ne sont pas explicitement politiques, parfois j’ai juste envie de faire des spirales dans l’espace ! mais mon parcours, mon corps et mon vécu influencent forcément mon travail.

Qu’est-ce qui t’intéresse le plus dans le mouvement et la danse aujourd’hui ?

Ce qui me passionne vraiment, c’est la création du mouvement, le jeu et la composition spontanée, seule ou en groupe.

Dans toutes les pratiques que j’ai traversées, sport, danse, musique, arts martiaux, il y avait toujours une notion d’interaction, d’écoute et d’adaptation à l’autre.

J’aime l’idée qu’on puisse créer à partir de tout : un regard, une posture, une chanson, un souvenir, l’architecture d’un lieu… Tout peut devenir un point de départ pour le mouvement.

L’improvisation a complètement transformé ma manière de danser. Elle m’a permis de comprendre qu’il n’existe pas une seule bonne manière de bouger, mais une infinité de possibilités.

Le partage semble très important dans ta pratique…

Oui, énormément.

J’aime apprendre des autres, qu’il s’agisse d’artistes professionnel·les, de participant·es d’ateliers ou du public, et j’aime aussi transmettre ce que j’ai vécu et expérimenté.

Pour moi, la danse ne se limite pas à la scène. Elle existe aussi dans les entraînements, les ateliers, les moments de recherche, les fêtes, les repas de famille, ou simplement lorsqu’on danse dans son salon avec ses proches.

Je suis très sensible aux questions intergénérationnelles. J’ai grandi entourée de ma grand-mère, de mes tantes, de mes oncles… Aujourd’hui, j’ai aussi envie de pouvoir danser avec mon enfant autant qu’avec des personnes âgées.

Comment est né le projet Témoign-âges // La Collective pour femmes* racisées ?

Depuis plusieurs mois, j’anime des ateliers corporels avec Caroline de Cornière dans le cadre de la cie C2C. Au fil du temps, j’ai remarqué qu’il y avait très peu de femmes* racisées présentes dans ces espaces.

Et ce constat dépasse largement ces ateliers : dans le milieu de la danse contemporaine en général, je suis souvent l’une des rares personnes racisées, que ce soit comme danseuse, participante ou spectatrice.

Je me suis alors demandé: pourquoi les personnes racisées sont-elles si peu présentes dans la danse contemporaine ? Qu’est-ce qui crée cette distance ? Est-ce une question d’accès, de représentation, de moyens économiques, ou simplement du sentiment de ne pas être à sa place dans ces espaces?

Je n’ai pas toutes les réponses, mais j’avais envie d’ouvrir un espace pensé pour ce public-là : un projet participatif où l’on puisse se réapproprier nos corps, nos histoires et nos manières d’être ensemble à travers la danse.

Ce projet s’inscrit aussi dans le partenariat entre la cie C2C et La Collective dans le cadre de la convention 2025–2027. Le futur lieu de La Collective, qui ouvrira ses portes à Genève en 2027, représente pour moi un véritable espace d’expérimentation, de création et de transformation collective.

Pourquoi le choix d’un espace en non-mixité ?

Parce que dans l’espace public, les corps des femmes* racisées ne sont jamais perçus comme neutres. Ils sont souvent traversés par des projections, des stéréotypes et des récits qui ne nous appartiennent pas.

Créer un espace en non-mixité permet d’ouvrir un safer space, où l’on peut parler depuis nos expériences réelles sans devoir constamment se justifier.

Cela permet aussi d’oser davantage: être vulnérable, forte, maladroite, puissante, douce, ridicule parfois… simplement humaine.

À quoi ressemblera concrètement le projet ?

Le projet prendra la forme de sept workshops répartis entre septembre 2026 et juin 2027, avec un groupe d’une douzaine de participantes maximum, au sein de La Collective.

Chaque rencontre sera pensée comme un temps d’exploration, de pratique, de partage et de créativité. Une présentation publique pourrait également voir le jour à la fin du processus.

Nous partirons de nos histoires pour créer ensemble des récits alternatifs incarnés. On pourra travailler à partir de morceaux de musique, de recettes de cuisine, de mots dans différentes langues, de berceuses, de photos de famille, de tissus, de gestes transmis ou d’histoires racontées.

Puis nous jouerons avec tout cela : improviser, composer, créer seule ou ensemble. Projet porté par la cie C2C dans le cadre de Témoign-âges // La Collective.

PORTRAIT
TECLA RAYNAUD

Penser la participation culturelle avec la Cie C2C

"Lorsque la Cie a obtenu la convention en janvier 2025, et vu que c'était la première convention avec l'axe création & participation culturelle, j'ai pensé à Tecla Raynaud dont j'avais découvert le travail de thèse dans le journal de l'ADC*. Je l'ai contactée en lui demandant si elle serait intéressée d’accompagner le travail de la Cie pour analyser ensemble ce que nous "fabriquions" sous cette étiquette de participation culturelle. J'avais une forte intuition qu'il se passait là quelque chose de précieux et de délicat dont il fallait prendre soin, et qu'il nous fallait les outils adéquats pour décortiquer nos pratiques, les observer sous toutes les coutures et aussi tenter d’en révéler les angles-morts. Grâce au travail réflexif et à l’observation de Tecla, nous cherchons à identifier la spécificité des pratiques de participation culturelle que développe la Cie ainsi que son articulation dynamique avec la création chorégraphique. Nous avons pour objectifs de rédiger un Manifeste qui fixera les intentions de nos pratiques ainsi qu’une charte qui permettra d’expliciter les modalités de pratiques propres aux valeurs de la Cie."

Caroline de Cornière

*Journal de l’ADC N°85

Qui estTecla Raynaud ?

Tecla Raynaud est doctorante en sociologie à l’Université Lumière Lyon 2. Elle travaille sur les pratiques participatives dans les arts visuels et contemporains, et leurs effets sur les artistes.

Plus d'infos ici

Historique de l’accompagnement

L’idée de construire des temps réflexifs entre artistes sur ces pratiques est venue pour Tecla d’un constat que ces espaces de réflexion entre pairs sont assez inexistants pour une majorité d’artistes, souvent seul·e·s face à des contextes complexes. S’il existe des formations pour accompagner les artistes dans leurs pratiques collaboratives (le master TRANSforme à la HEAD par exemple), une large partie des artistes n’ont pas été formé·e·s pour ces pratiques et ont peu d’espaces conçus pour accueillir une réflexivité sur celles-ci. Face à la complexité des enjeux qui se jouent dans ces contextes, il est intéressant de contribuer à outiller les porteur·euse·s de ce type de projets pour y réfléchir collectivement dans des cadres d’analyse de pratiques.

En 2024, Tecla a fait la rencontre de l’association Least, accompagnant des pratiques artistiques « cocréatives », avec laquelle elle a mené deux jours de réflexion sur les pratiques participatives en arts, accueillis par le Pavillon de la danse ADC. Cette rencontre a amené, un an plus tard, à une collaboration avec la compagnie C2C.

L’accompagnement, dans les faits

Tecla et la compagnie C2C mènent, depuis avril 2025, des séances thématiques. En parallèle, Tecla observe certaines séances de travail, de façon à nourrir les pistes de réflexion au fil de l’accompagnement. Pour chaque séance, elle vient avec ses outils pour contribuer à construire, avec l’équipe de C2C, une réflexivité sur ces pratiques. La suite de l’accompagnement sera consacrée à la formalisation des outils développés ensemble, et à continuer la mise en réflexivité de ces pratiques à travers, notamment, la rédaction collective d’une charte concernant la participation au sein de la compagnie: quelles intentions la compagnie et les participant·e·s souhaitent collectivement fixer à ces pratiques, et comment matériellement celles-ci peuvent se déployer.

Avril 2025

La première séance d’accompagnement a été consacrée à la réalisation de la carte des intérêts des acteur·ice·s, outil développé et utilisé par Tecla depuis plusieurs années afin de répertorier les catégories d’acteur·ice·s impliqué·e·s dans ces pratiques (artistes, collectifs de travail, compagnies, participant·e·s, financeurs publics et privés, structures culturelles, partenaires sociaux), et de faire émerger les intérêts matériels, symboliques, professionnels et politiques de chacun de ces groupes. Ce travail vise également à identifier ce que les porteur·reuse·s de projet mettent comme enjeux, désirs et questions dans ces pratiques. La discussion a ensuite porté sur la question de la rémunération des participant·e·s à ces projets, envisagée à la lumière de travaux sur les sciences participatives.

Juin 2025

En lien avec les intentions liées à chaque projet de la compagnie, cette séance a été consacrée à une réflexion sur les bilans des projets et les indicateurs formulés pour ceux-ci. Il a donc été question des outils à la fois quantitatifs et qualitatifs, objectifs et subjectifs, des différentes échelles d’observation des pratiques, de la temporalité des observations, de la confrontation des points de vue, afin de construire les bases d’une compréhension plus fine des projets artistiques participatifs. Les limitations de l'outillage matériel pour concevoir les bilans avec les danseur·euse·s participant·e·s a également été évoqué.

Décembre 2025

Cette séance a été construite pour réfléchir aux compétences mobilisées au sein de la cie pour les pratiques de participation culturelle. La conscientisation des compétences nécessaires pour mener ces pratiques permet d’en constater le caractère construit, théorique et expérientiel, à rebours de l’idée que les artistes seraient naturellement doué·e·s pour mener ce type d’expériences. Au contraire, cette réflexion permet de mettre à jour la multiplicité de compétences que les porteur·euse·s des projets artistiques participatifs développent, en interroger la pertinence et les fragilités.

Focus sur quelques séances de travail

En 2026, deux membres supplémentaires sont intégrées ponctuellement à cette équipe d’accompagnement: Sonia Nikitin, doctorante en sciences de l'information et de la communication à l'Université Lyon 2, qui travaille sur les pratiques de création partagée en danse contemporaine, et qui proposera un temps de réflexion collective autour de sa thèse, plus d'infos ici; et l’artiste Gala Vanson qui travaillera à la formalisation graphique des outils réalisés dans ce cadre, plus d'infos ici.

Cet accompagnement a été rendu possible grâce au soutien du Fonds Métamorphoses de la République et Canton de Genève.

Réseau femmes*
Ateliers hebdomadaires danse, conscience corporelle & créativité
Ouvert aux femmes* avec ou sans expérience de danse, pour partager un moment d’exploration et d’échange gestuel, s'approprier son corps, redécouvrir son corps dansant, dans le plaisir du mouvement singulier et collectif.
À travers des mises en situation gestuelle diverses, Caroline de Cornière ouvre un espace de liberté et de créativité corporelles pour un mieux-être physique à travers l’improvisation et l’écoute sensible de son corps et du groupe.
tous les mer.
18:30-20:00 hors vac. scolaires
studio C2C, Bd Helvétique 9, entrée par la cour intérieure
Projets et partenariats en cours
IMPRO-PRATIK
Ateliers IMPRO-PRATIK

Chaque séance est une capsule qui propose diverses approches d'improvisation à la fois individuelles et collectives, à travers différents outils d'explorations du mouvement. Une présence à l'instant.

Les ateliers sont données par Caroline de Cornière et sont proposés à prix libre, avec un tarif recommandé de CHF 10.-

tous les mer. 12:15 - 13:45 hors vac. scolaires,

studio C2C, Bd Helvétique 9, entrée par la cour intérieure
sans inscription
Le Pavillon-ADC
Ateliers corporels en lien avec la programmation de l’ADC depuis 2019
Caroline de Cornière s’empare de l’univers artistique des chorégraphes invité·es au Pavillon pour animer des ateliers corporels sur le plateau dans la scénographie des pièces.
Vous avez envie d’éprouver la proposition du chorégraphe par le corps avant ou après avoir vu le spectacle ?
Saisissez l’opportunité de traverser une variété de styles, d’états, et d’écritures chorégraphiques.
Les ateliers corporels sont inclusifs. Ils s’adressent à toutes et tous.
Les samedis, 11:00-13:00
Plateau du Pavillon
Témoign-âges // La Collective
Témoign-âges ou le corps-histoire, est un projet intergénérationnel et inclusif en mixité choisie, qui a été réalisé en partenariat avec La Collective - Fondation pour l’Égalité de Genre (FEG).
Les workshops proposent un espace-temps pour pratiquer une danse contemporaine inclusive et intergénérationnelle où le geste, de l’improvisation à l’écriture du mouvement, privilégie l’écoute, le partage et la créativité personnelle de chaque participante* quel que soit son âge, son origine socio-culturelle et son expérience, dans une perspective collective et sororale de mise en commun de l’expérience.
Un nouveau projet sera lancé en septembre 2026.
Ouverture des inscriptions en juin 2026
Témoign-âges // En commune
Témoign-âges ou le corps-histoire avec la commune de Dardagny
Ouvert aux femmes* dès 18 ans, de la commune de Dardagny et de Russin : une opportunité de créer un lien dansant entre les femmes de ces deux communes.
Les ateliers corporels proposés permettent de pratiquer ensemble une danse inclusive et intergénérationnelle où le geste dansé privilégie l’écoute, le partage et la créativité personnelle de chaque participante* quel que soit son âge et son expérience dans une perspective collective de mise en commun joyeuse.
tous les jeu. 18:30-20:00 hors vac. scolaires
salle des fêtes, Château, Dardagny
Projets passés

ACCORPS

Avenue des Tilleuls 15, 1203 Genève, CH

La compagnie est au bénéfice d'une convention de soutien régionale - participation culturelle - avec le soutien de la République et canton de Genève, la Ville de Genève, le Pavillon ADC, l'Espace Santé Femmes* du Réseau femmes et la Fondation pour l’égalité de genre pour la période 2025 - 2027.