PORTRAIT
MÉLINDA QUADIR-MATHIEU
Sociologue de formation, Mélinda s'est engagée très tôt dans l'administration et la coordination de projets culturels et associatifs — d'abord auprès d'une ONG, puis dans la médiation culturelle, avant de se spécialiser depuis 2015 dans l'administration de compagnies de danse et de théâtre genevoises. Elle accompagne aujourd'hui une dizaine de structures, dont la Cie C2C depuis 2024. Mais son histoire avec la danse commence bien avant : elle danse depuis l'âge de 6 ans. Ne plus être sur scène ne l'a jamais éloignée de ce milieu qu'elle aime profondément — au contraire, y travailler au quotidien est, pour elle, un véritable accomplissement.
Nous lui avons posé quelques questions.
On connaît le travail des artistes sur scène. Mais que fait concrètement l'administratrice d'une compagnie comme la Cie C2C ?
Le rôle d'un·e administrateur·ice de compagnie a plusieurs facettes et peut se déployer de différentes manières selon les besoins de la compagnie, mais il est toujours essentiel pour que les artistes puissent se concentrer sur leur travail de création. Dans le cas de la Cie C2C, mon rôle est à la fois stratégique, opérationnel et relationnel:
- Je construis et je suis le budget annuel de la compagnie, composé des budgets de chaque projet, en collaboration avec la direction artistique. Comme les projets évoluent souvent en cours d'année et que les financements ne sont, sauf exception, pas acquis d'une année sur l'autre, cela implique un travail de suivi et d'adaptation permanents. Un équilibre pas toujours facile à trouver !
- Je suis régulièrement à la recherche de nouvelles sources de financement, pour compléter un projet en cours ou en rendre possible de nouveaux. Une fois les soutiens potentiels identifiés, j'adapte et j'envoie les dossiers de demande. Même si le projet est le même, cela demande plusieurs heures de travail à chaque nouvelle demande.
- Une fois le plan de financement solide, je m'occupe des contrats, des salaires et des obligations légales, en veillant toujours à ce que les collaborateur·ices soient rémunéré·es à temps, car ce n'est pas à elleux de payer le prix de l'arrivée tardive d'une subvention ou du retard de paiement d’une coproduction.
C'est un travail invisible, mais indispensable pour que les projets artistiques voient le jour dans de bonnes conditions.
Qu'est-ce qui te procure le plus de satisfaction dans ton rôle auprès de la compagnie?
Ce qui me procure le plus de satisfaction, c'est de contribuer à la réalisation des projets, ainsi qu'à la pérennité de la compagnie.
De manière générale, obtenir une convention, ou un nouveau financement, c'est très gratifiant — une marque de reconnaissance du travail effectué, même s'il faut sans cesse recommencer, un peu à la manière de Sisyphe !
Mais ce que j'aime le plus, c'est que ce métier est un apprentissage continu. Chaque nouveau projet apporte son lot de défis.
Selon toi, quelle est la plus grande idée reçue sur le travail administratif dans le spectacle vivant ?
La plus grande idée reçue, c'est de croire que l'administration est un frein à la créativité, ou pire, un privilège. En réalité, c'est un métier de dialogue et de compromis, qui demande énormément de créativité et d'adaptation.
On imagine souvent que l'administration, ce n'est que de la paperasse, alors que c'est avant tout de la stratégie. Il faut être en dialogue permanent avec les artistes pour établir une compréhension mutuelle des enjeux et comprendre leur vision pour trouver les financements adéquats. Quitte à recadrer un projet trop ambitieux ou le reporter — mais chaque limite que je pose est le résultat d'une concertation avec le reste de l'équipe. Mon objectif n'est jamais de brimer la créativité des artistes, mais de trouver des solutions qui permettent aux projets de se réaliser.
Il y a aussi l’idée que c’est un métier de fonctionnaire, sans risque. En réalité, c'est un métier tout aussi précaire que les autres : la plupart des administrateur·ices culturel·les sont en CDD, en mandat ou indépendant·es. Moi-même, si la Cie C2C perdait sa convention demain, je perdrais une grande part de mon revenu.
Ce travail demande de vraies compétences — budgétaires, juridiques, relationnelles — qu'on sous-estime largement. La convention permet aujourd'hui à la Cie C2C d'avoir un poste d'administration correctement financé: c'est loin d'être la norme. Beaucoup de jeunes compagnies n'ont ni les moyens de rémunérer quelqu'un pour s'en occuper, ni les compétences pour le faire elles-mêmes — elles bricolent, perdent du temps et beaucoup d’énergie.
Si j’avais un message à faire passer, c’est que l'administration, ce n'est pas un obstacle, mais un socle pour la création artistique. C'est son partenaire invisible — et il mérite d'être financé comme tel.
Et aussi que derrière chaque dossier, chaque budget, chaque planning, il y a une vraie passion pour la danse.
La Cie C2C bénéficie aujourd'hui de la première convention de soutien régional axée sur la « participation culturelle ». Qu'est-ce que cela change concrètement dans ton quotidien ?
La convention a transformé notre façon de travailler en nous offrant une stabilité financière et opérationnelle – nous sommes passées d'une logique de survie à une logique de développement, mais elle a aussi introduit de nouvelles exigences et opportunités.
Avant, chaque projet devait être financé au cas par cas – épuisant et risqué, en particulier pour les projets de participation culturelle, peu financés en général. Aujourd’hui, un financement pluriannuel nous permet de mener plusieurs projets en parallèle, petits et grands, et d’embaucher trois personnes à l’année à temps partiel — ce qui était impossible avant. Cette stabilité est particulièrement précieuse pour le secteur.
Obtenir une convention s'accompagne d'exigences accrues de transparence et de reporting. Cela demande encore plus de rigueur et de suivi, mais c'est aussi une opportunité de montrer la valeur de notre travail.
La convention nous a aussi ouvert des portes. Elle nous a permis de diversifier nos sources de financement et d'ancrer des partenariats avec des institutions culturelles et sociales.
Quels sont les nouveaux défis qu'une compagnie conventionnée doit relever, au-delà de la création artistique ?
Une compagnie conventionnée doit relever des défis stratégiques, logistiques et sociaux, qui vont bien au-delà de la création artistique.
La compagnie continue de grandir, ce qui implique de gérer une équipe plus large, des budgets plus importants, et des attentes plus élevées. Il faut structurer les processus — comptabilité, gestion des budgets, ressources humaines — sans perdre la flexibilité qui caractérise le secteur. On ne passe pas d'un budget annuel de 50'000.- à plus de 300'000.- sans quelques adaptations ! L'obtention d'une convention est une marque de confiance, mais c'est aussi un sacré saut en termes de responsabilité et de gestion financière. Et ce sont des compétences qu'on doit largement apprendre sur le tas: il n'existe presque aucune formation continue pour accompagner cette montée en compétences. On est censé·es suivre, sans qu'on nous donne vraiment les moyens d'apprendre à le faire.
Par ailleurs, la convention impose un certain nombre d'objectifs (nombre de représentations, publics touchés, etc.). Il faut continuer à créer et faire tourner les spectacles existants, tout en développant les projets locaux — une adaptation constante entre les nouvelles dates de tournée à trouver, dont dépend une partie du budget, et le développement des projets de participation locale. Paradoxalement, une convention ferme aussi l'accès à certains financements auxquels on pouvait prétendre avant : le défi est donc double, il faut à la fois trouver des financements supplémentaires et diversifier encore davantage nos sources.
Ces défis sont nombreux, mais ils sont aussi une source de motivation. Ils nous poussent à nous réinventer constamment, tout en restant fidèles à notre mission.
Quels types d'accompagnement seraient utiles aux compagnies qui vivent leur première convention ?
Une première convention est un saut dans l'inconnu. Des outils structurés et des conseils pour gérer, par exemple, un budget annuel, auraient été les bienvenus. Pouvoir échanger avec d'autres compagnies conventionnées permettrait aussi de mutualiser les bonnes pratiques et d'éviter certains pièges. Je crois beaucoup dans l'échange avec les pairs, mais on est très isolé·es dans ce métier, et chacun·e bricole ses outils dans son coin.
Nous avons eu la chance, sur notre propre initiative, de nous faire accompagner dès le début de la convention par la chercheuse-sociologue Tecla Raynaud, qui nous a aidés à prendre du recul sur nos pratiques et à réfléchir aux processus de travail à l'œuvre. Un accompagnement similaire, mais centré sur les processus et pratiques administratifs et de production, serait un vrai plus.
Avec le recul, je réalise que nous perdons du temps à réinventer la roue. Des outils clés en main et un réseau de pairs nous permettraient de nous concentrer sur l'essentiel.
Une grande partie de ton travail reste invisible pour le public. Pourquoi est-il important d'en parler aujourd'hui ?
D'abord, pour donner une voix aux métiers de l'ombre: le public voit les artistes sur scène, mais rarement celleux qui rendent ce moment possible. Parler de l'administration, c'est reconnaître que la culture est un travail collectif, où administrateur·ices, chargé·es de production et de diffusion, technicien·nes, scénographe, costumier·e, créateur·ices son et lumières, médiateur·rices jouent un rôle tout aussi essentiel que les artistes.
Ensuite, pour sensibiliser aux enjeux de financement: le public ignore souvent qu'une grande partie du budget d'une compagnie est dédié aux salaires et aux frais de fonctionnement. Expliquer notre travail, c'est aussi expliquer pourquoi ces financements sont indispensables et comment ils sont utilisés.
Enfin, pour lutter contre la précarité du secteur: en rendant visible le travail administratif, on montre aussi les défis du secteur — précarité, manque de reconnaissance, absence quasi générale de postes pérennes. C'est aussi un argument politique: si on veut des compagnies solides, il faut financer leurs équipes d'administration et de production au même titre que la création.
Si tu pouvais faire passer un seul message aux personnes qui soutiennent la culture, quel serait-il ?
Ce serait sans doute : ne sous-estimez pas tout ce qui se passe avant qu'un rideau se lève. Un dossier bien monté, un budget tenu, une convention obtenue, ce sont des heures de travail invisibles qui rendent la création possible. Concrètement, ça veut dire financer non seulement les artistes, mais aussi les postes d'administration et de production qui les entourent — aujourd'hui encore trop souvent considérés comme un coût annexe, voire compressible, plutôt que comme une condition de base.
Je me demande souvent si les institutions, qui nous demandent tant de rigueur administrative, ont déjà essayé de remplir un dossier de demande de subvention avec leur propre système… Ça leur donnerait peut-être une autre mesure de ce que ce travail implique réellement.
Ce qui me motive au quotidien, c'est assez simple, en fait : voir un projet aboutir, une équipe pouvoir vivre décemment de son travail, une pièce se monter alors qu'on n'y croyait des fois plus tout à fait…


Aujourd'hui que les premiers outils sont en place, qu'aimerais-tu construire pour la suite de l'aventure de la Cie C2C ?
J'aimerais surtout consolider ce que la convention nous a permis de construire : des conditions de travail stables et durables pour l’équipe, et un ancrage encore plus fort dans le tissu genevois, avec les associations et les institutions genevoises avec qui nous collaborons.
Je voudrais aussi continuer à diversifier nos sources de financement, pour ne pas dépendre uniquement de la convention et pouvoir absorber les années plus difficiles.
Et à mon échelle, j'aimerais contribuer à consolider ce réseau d'échange entre administrateur·ices culturel·les dont je parlais plus haut. Il existe déjà, mais de façon assez informelle et fragile. Des réseaux d'administrateur·ices se sont formés spontanément pendant le Covid, pour se soutenir et réfléchir ensemble aux nouveaux défis du moment, et le canton de Genève a mis en place un nouveau soutien aux bureaux de production. Mais tout cela reste très périphérique : les montants sont minimes, et les réseaux tiennent surtout grâce à l'énergie de quelques personnes, sans structure ni financement. Dans d'autres villes suisses et d'autres pays, ces dispositifs sont plus établis et mieux dotés — des pools d'administrateur·ices mutualisés entre plusieurs compagnies, ou des soutiens structurels dédiés. Ce sont des modèles dont Genève doit s'inspirer.
PORTRAIT
KARIN ROSE
Depuis mai 2025, Karin Rose rejoint l’équipe de la cie C2C comme artiste associée. Elle collabore avec Caroline de Cornière comme assistante, co-animatrice d’ateliers, danseuse et prochainement comme porteuse de projet avec Témoign-âges // La Collective 2026–2027.
Nous lui avons posé quelques questions.
Comment définirais-tu aujourd’hui ton identité artistique ?
Je suis danseuse, mère… et un peu comédienne aussi.
Depuis que je suis devenue mère, je le mentionne comme faisant pleinement partie de mon identité artistique, parce que cela influence profondément ma manière de travailler et les projets que j’ai envie de développer.
C’est aussi à travers cette expérience que j’ai rencontré Caroline de Cornière et le travail de la cie C2C: d’abord en participant aux ateliers de l’Espace Santé Femmes* pendant ma grossesse, puis quelques mois après mon accouchement, lors d’une formation de l’association Danse Transition autour de la question: comment continuer à danser ?
Le travail de Caroline avec la cie C2C a tout de suite résonné en moi. Il y a une approche féministe dans les projets artistiques, mais aussi dans la manière de travailler ensemble au sein de la compagnie. Par exemple, la parentalité est directement prise en compte lorsqu’on pense les projets, et ça, c’est quelque chose auquel j’ai immédiatement adhéré.
Ton parcours est très atypique. Comment es-tu arrivée à la danse ?
J’ai commencé par la musique, avec une formation classique en violon et un peu de piano. Puis à 17 ans, j’ai arrêté la musique pour me consacrer au sport : la lutte suisse puis le water-polo.
Quand j’ai commencé mes études de médecine à l’Université de Genève, j’ai continué le sport intensivement tout en découvrant la salsa portoricaine et les danses traditionnelles d’Afrique de l’Ouest. Petit à petit, la danse a pris de plus en plus de place. Mes professeur·es m’ont proposé d’assister les cours, puis d’enseigner moi-même.
Après avoir obtenu mon diplôme fédéral de médecine en 2016, j’ai décidé de changer complètement de direction pour me professionnaliser en danse. J’ai tout de même travaillé quelques mois comme médecin à 50 %, surtout pour pouvoir financer ma pratique artistique… mais je savais déjà que je ne reviendrais pas à la médecine.
Ensuite, j’ai intégré plusieurs projets entre Genève, le Burkina Faso, la France et plus tard le Brésil et la Belgique. J’ai rencontré de nombreuses pratiques : danse afro-contemporaine, Capoeira Angola, Technique Silvestre, théâtre physique, improvisation… Chaque étape a nourri ma manière de bouger, de créer et de penser le corps.
À quel moment la dimension politique est-elle entrée dans ton travail artistique ?
Pendant mon Master en théâtre physique à l’Accademia Dimitri au Tessin.
J’y ai découvert de nouveaux outils de performance et de création, mais surtout une réflexion plus politique autour du spectacle vivant. Mon projet de Master, Smile and Be Quiet, était une performance interactive autour des récits alternatifs d’une femme d’origine sud-est asiatique dans une société blanche et patriarcale.
Je crois profondément que l’intime est politique. Bien sûr, toutes mes danses ne sont pas explicitement politiques, parfois j’ai juste envie de faire des spirales dans l’espace ! mais mon parcours, mon corps et mon vécu influencent forcément mon travail.
Qu’est-ce qui t’intéresse le plus dans le mouvement et la danse aujourd’hui ?
Ce qui me passionne vraiment, c’est la création du mouvement, le jeu et la composition spontanée, seule ou en groupe.
Dans toutes les pratiques que j’ai traversées, sport, danse, musique, arts martiaux, il y avait toujours une notion d’interaction, d’écoute et d’adaptation à l’autre.
J’aime l’idée qu’on puisse créer à partir de tout : un regard, une posture, une chanson, un souvenir, l’architecture d’un lieu… Tout peut devenir un point de départ pour le mouvement.
L’improvisation a complètement transformé ma manière de danser. Elle m’a permis de comprendre qu’il n’existe pas une seule bonne manière de bouger, mais une infinité de possibilités.
Le partage semble très important dans ta pratique…
Oui, énormément.
J’aime apprendre des autres, qu’il s’agisse d’artistes professionnel·les, de participant·es d’ateliers ou du public, et j’aime aussi transmettre ce que j’ai vécu et expérimenté.
Pour moi, la danse ne se limite pas à la scène. Elle existe aussi dans les entraînements, les ateliers, les moments de recherche, les fêtes, les repas de famille, ou simplement lorsqu’on danse dans son salon avec ses proches.
Je suis très sensible aux questions intergénérationnelles. J’ai grandi entourée de ma grand-mère, de mes tantes, de mes oncles… Aujourd’hui, j’ai aussi envie de pouvoir danser avec mon enfant autant qu’avec des personnes âgées.
Comment est né le projet Témoign-âges // La Collective pour femmes* racisées ?
Depuis plusieurs mois, j’anime des ateliers corporels avec Caroline de Cornière dans le cadre de la cie C2C. Au fil du temps, j’ai remarqué qu’il y avait très peu de femmes* racisées présentes dans ces espaces.
Et ce constat dépasse largement ces ateliers : dans le milieu de la danse contemporaine en général, je suis souvent l’une des rares personnes racisées, que ce soit comme danseuse, participante ou spectatrice.
Je me suis alors demandé: pourquoi les personnes racisées sont-elles si peu présentes dans la danse contemporaine ? Qu’est-ce qui crée cette distance ? Est-ce une question d’accès, de représentation, de moyens économiques, ou simplement du sentiment de ne pas être à sa place dans ces espaces?
Je n’ai pas toutes les réponses, mais j’avais envie d’ouvrir un espace pensé pour ce public-là : un projet participatif où l’on puisse se réapproprier nos corps, nos histoires et nos manières d’être ensemble à travers la danse.
Ce projet s’inscrit aussi dans le partenariat entre la cie C2C et La Collective dans le cadre de la convention 2025–2027. Le futur lieu de La Collective, qui ouvrira ses portes à Genève en 2027, représente pour moi un véritable espace d’expérimentation, de création et de transformation collective.
Pourquoi le choix d’un espace en non-mixité ?
Parce que dans l’espace public, les corps des femmes* racisées ne sont jamais perçus comme neutres. Ils sont souvent traversés par des projections, des stéréotypes et des récits qui ne nous appartiennent pas.
Créer un espace en non-mixité permet d’ouvrir un safer space, où l’on peut parler depuis nos expériences réelles sans devoir constamment se justifier.
Cela permet aussi d’oser davantage: être vulnérable, forte, maladroite, puissante, douce, ridicule parfois… simplement humaine.
À quoi ressemblera concrètement le projet ?
Le projet prendra la forme de sept workshops répartis entre septembre 2026 et juin 2027, avec un groupe d’une douzaine de participantes maximum, au sein de La Collective.
Chaque rencontre sera pensée comme un temps d’exploration, de pratique, de partage et de créativité. Une présentation publique pourrait également voir le jour à la fin du processus.
Nous partirons de nos histoires pour créer ensemble des récits alternatifs incarnés. On pourra travailler à partir de morceaux de musique, de recettes de cuisine, de mots dans différentes langues, de berceuses, de photos de famille, de tissus, de gestes transmis ou d’histoires racontées.
Puis nous jouerons avec tout cela : improviser, composer, créer seule ou ensemble. Projet porté par la cie C2C dans le cadre de Témoign-âges // La Collective.




PORTRAIT
TECLA RAYNAUD
Penser la participation culturelle avec la Cie C2C
"Lorsque la Cie a obtenu la convention en janvier 2025, et vu que c'était la première convention avec l'axe création & participation culturelle, j'ai pensé à Tecla Raynaud dont j'avais découvert le travail de thèse dans le journal de l'ADC*. Je l'ai contactée en lui demandant si elle serait intéressée d’accompagner le travail de la Cie pour analyser ensemble ce que nous "fabriquions" sous cette étiquette de participation culturelle. J'avais une forte intuition qu'il se passait là quelque chose de précieux et de délicat dont il fallait prendre soin, et qu'il nous fallait les outils adéquats pour décortiquer nos pratiques, les observer sous toutes les coutures et aussi tenter d’en révéler les angles-morts. Grâce au travail réflexif et à l’observation de Tecla, nous cherchons à identifier la spécificité des pratiques de participation culturelle que développe la Cie ainsi que son articulation dynamique avec la création chorégraphique. Nous avons pour objectifs de rédiger un Manifeste qui fixera les intentions de nos pratiques ainsi qu’une charte qui permettra d’expliciter les modalités de pratiques propres aux valeurs de la Cie."
Caroline de Cornière
Qui estTecla Raynaud ?
Tecla Raynaud est doctorante en sociologie à l’Université Lumière Lyon 2. Elle travaille sur les pratiques participatives dans les arts visuels et contemporains, et leurs effets sur les artistes.
Historique de l’accompagnement
L’idée de construire des temps réflexifs entre artistes sur ces pratiques est venue pour Tecla d’un constat que ces espaces de réflexion entre pairs sont assez inexistants pour une majorité d’artistes, souvent seul·e·s face à des contextes complexes. S’il existe des formations pour accompagner les artistes dans leurs pratiques collaboratives (le master TRANSforme à la HEAD par exemple), une large partie des artistes n’ont pas été formé·e·s pour ces pratiques et ont peu d’espaces conçus pour accueillir une réflexivité sur celles-ci. Face à la complexité des enjeux qui se jouent dans ces contextes, il est intéressant de contribuer à outiller les porteur·euse·s de ce type de projets pour y réfléchir collectivement dans des cadres d’analyse de pratiques.
En 2024, Tecla a fait la rencontre de l’association Least, accompagnant des pratiques artistiques « cocréatives », avec laquelle elle a mené deux jours de réflexion sur les pratiques participatives en arts, accueillis par le Pavillon de la danse ADC. Cette rencontre a amené, un an plus tard, à une collaboration avec la compagnie C2C.
L’accompagnement, dans les faits
Tecla et la compagnie C2C mènent, depuis avril 2025, des séances thématiques. En parallèle, Tecla observe certaines séances de travail, de façon à nourrir les pistes de réflexion au fil de l’accompagnement. Pour chaque séance, elle vient avec ses outils pour contribuer à construire, avec l’équipe de C2C, une réflexivité sur ces pratiques. La suite de l’accompagnement sera consacrée à la formalisation des outils développés ensemble, et à continuer la mise en réflexivité de ces pratiques à travers, notamment, la rédaction collective d’une charte concernant la participation au sein de la compagnie: quelles intentions la compagnie et les participant·e·s souhaitent collectivement fixer à ces pratiques, et comment matériellement celles-ci peuvent se déployer.
Avril 2025
La première séance d’accompagnement a été consacrée à la réalisation de la carte des intérêts des acteur·ice·s, outil développé et utilisé par Tecla depuis plusieurs années afin de répertorier les catégories d’acteur·ice·s impliqué·e·s dans ces pratiques (artistes, collectifs de travail, compagnies, participant·e·s, financeurs publics et privés, structures culturelles, partenaires sociaux), et de faire émerger les intérêts matériels, symboliques, professionnels et politiques de chacun de ces groupes. Ce travail vise également à identifier ce que les porteur·reuse·s de projet mettent comme enjeux, désirs et questions dans ces pratiques. La discussion a ensuite porté sur la question de la rémunération des participant·e·s à ces projets, envisagée à la lumière de travaux sur les sciences participatives.
Juin 2025
En lien avec les intentions liées à chaque projet de la compagnie, cette séance a été consacrée à une réflexion sur les bilans des projets et les indicateurs formulés pour ceux-ci. Il a donc été question des outils à la fois quantitatifs et qualitatifs, objectifs et subjectifs, des différentes échelles d’observation des pratiques, de la temporalité des observations, de la confrontation des points de vue, afin de construire les bases d’une compréhension plus fine des projets artistiques participatifs. Les limitations de l'outillage matériel pour concevoir les bilans avec les danseur·euse·s participant·e·s a également été évoqué.
Décembre 2025
Cette séance a été construite pour réfléchir aux compétences mobilisées au sein de la cie pour les pratiques de participation culturelle. La conscientisation des compétences nécessaires pour mener ces pratiques permet d’en constater le caractère construit, théorique et expérientiel, à rebours de l’idée que les artistes seraient naturellement doué·e·s pour mener ce type d’expériences. Au contraire, cette réflexion permet de mettre à jour la multiplicité de compétences que les porteur·euse·s des projets artistiques participatifs développent, en interroger la pertinence et les fragilités.
Focus sur quelques séances de travail
En 2026, deux membres supplémentaires sont intégrées ponctuellement à cette équipe d’accompagnement: Sonia Nikitin, doctorante en sciences de l'information et de la communication à l'Université Lyon 2, qui travaille sur les pratiques de création partagée en danse contemporaine, et qui proposera un temps de réflexion collective autour de sa thèse, plus d'infos ici; et l’artiste Gala Vanson qui travaillera à la formalisation graphique des outils réalisés dans ce cadre, plus d'infos ici.
Cet accompagnement a été rendu possible grâce au soutien du Fonds Métamorphoses de la République et Canton de Genève.
Contact
info@ciec2c.ch
Avenue des Tilleuls 15, 1203 Genève, CH
La compagnie est au bénéfice d'une convention de soutien régionale - participation culturelle - avec le soutien de la République et canton de Genève, la Ville de Genève, le Pavillon ADC, l'Espace Santé Femmes* du Réseau femmes et la Fondation pour l’égalité de genre pour la période 2025 - 2027.

